samedi 20 mars 2010

Algérie mars 2009

Nous étions seize aveyronnais à rejoindre la Tunisie et l’Algérie pour retrouver les lieux où vécut Saint Augustin, lieux qu’il a aimés: Thagaste (devenue Souk Ahrras), Madaure (Montesquieu et aujourd’hui M’Daourouch), Carthage et Hippone (Bône puis Annaba).

Deux pays aujourd’hui. Un seul autrefois: l’ancienne Numidie.

Comment résumer un tel périple en un simple compte-rendu, qui devrait aussi souligner l‘accueil chaleureux des algériens et des tunisiens.

(Madaure, la mauve -Site romain -) 

Découvertes, du moins pour moi qui ne connaissais ni Augustin, ni l’Algérie.
Né à Thagaste, étudiant à Madaure, Augustin avant d’être saint, avant même d’être prêtre et évêque, a été un jeune homme avide de tout connaître, amoureux d’aimer, faisant fi des tourments et des prières de Monique, sa mère, qui voudra le protéger en allant partout où il ira.

(Carthage - cénotaphe de Saint Louis -)
A Carthage, il étudie la philosophie, fréquente les manichéens, mène une vie qu’on qualifierait aujourd’hui de vie de désordres, mais dans laquelle il ne cesse de chercher une vraie justice intérieure… une loi qui ne change ni avec le lieu, ni avec le temps. Maître en rhétorique, couvert d’honneurs et de gloire à Rome, à Milan, il laisse tout tomber lorsqu’il réalise l’objet de sa quête "Tu étais là tout près de moi et tu m’écoutais ; j’ondoyais et tu me pilotais ; j‘allais par la voie large du siècle et tu ne me lâchais pas".
Après la mort de Monique à Ostie, il revient en Afrique, à Carthage puis à Thagaste où il donnera tous ses biens aux pauvres. Il rallie ensuite Hippone où il sera ordonné prêtre, puis évêque, et où il finira sa vie.

(Hippone, 20 ha de vestiges romains autour de la basilique)

Ce voyage n’était pas seulement un voyage touristique, même si, partout, sous nos pas, devant nos yeux, se superposaient civilisations libyco-punique, antiques et romaine. Et c'est déjà beaucoup !

(le Tophet de Salammbô)

Nous avons vécu un voyage accompagné, mis en musique, «doublé» en quelque sorte, par la voix off d’Augustin et par celle, indissociable, de Monique sa mère. 
Comment disait-il, ce cher Didier ? - une mère inquiète, castratrice, pas trop charitable !… Des traits de caractère qui me rappellent quelqu’un que je connais très bien ...

(Le Tophet où se déroulaient les sacrifices "molk")

Je terminerai en évoquant des moments forts de ce voyage.
Nos accompagnateurs algériens nous ont pilotés dans Souk Arrhas afin que Damienne puisse revoir sa maison de famille, son école, l’ancien "grand" hôtel d’Orient où descendaient les célébrités de l’époque (avant 1956). Celà n'avait pas été prévu. Puis sur la route, arrêt à Aïn Sennour pour recueillir de l’eau minérale à l’ancienne source où sa famille allait autrefois. De l'eau de la source, Damienne en a puisée pour la rapporter à son frère, en France. Mais comment lui faire prendre l'avion avec les nouveaux contrôles ? Didier a trouvé la solution : dans la valise-chapelle, à la place du vin de messe utilisé pendant le séjour!

Le 10 mars, nous étions à Constantine, la ville des ponts surplombant les gorges du Rhunel, citadelle du vertige ; ville où, dit-on, les hommes vivent plus haut que ne volent les oiseaux. Nous avons quitté cette ville le cœur serré avec une image devant nos yeux : celle du Père – évêque et de son adjoint, maigres silhouettes agitant leurs mains en signe d’aurevoir, devant le portail de la Maison du Bon Pasteur. Cette maison où nous venions d’être reçus, dans une sorte de grand garage aménagé en lieu de prière, baptisé avec un peu d’ironie "cathédrale".
Le père Paul Desfarges, ordonné évêque du diocèse de Constantine le 12 février 2009, disait :
"Notre Eglise n’a pas de mur d’enceinte. Les routes du constantinois, les rues des villes et des villages sont les allées de notre cathédrale …Ce sont les lieux de nos peines, de nos services que nous sommes appelés à vivre dans la forme du "lavement des pieds".

Il y eut aussi des moments plus souriants.
Quand le groupe voulut "essayer" le téléphérique - tout neuf, il est vrai - qui franchit les gorges du Rhunel ! Tremblante de peur, et hésitante, il m'échut le dernier "oeuf" avec les policiers algériens et le Père Maurice (130 kgs d'amitié répartis sur 2 mètres !). De quoi partir rassurée, n'est-ce-pas ?...
Toujours à Constantine, l'hôtel "Cirta", du genre de celui d'Agatha Christie dans Mort sur le Nil .Trés baroque, beaucoup d'allure,  il m'offrit une chambre où la salle de bains était à commande ... manuelle. Puiser l'eau d'évacuation, non pas à la source, mais dans le bac!... Le dîner, en revanche, y fut plus que parfait. ...et pendant ce repas, assister à un échange quelque peu surréaliste entre un larzacien "pure laine" et un berbère : mondialisation de la non-violence !
Quelques regrets, pas le temps de visiter le musée comme je l'aurais voulu : j'espérais voir le tableau de Cauvy ... Et non, l'heure c'est l'heure (de la fermeture!) .
- Vous reviendrez !
- Mais j'y compte bien ! 

Sur le chemin du retour, l'interminable passage de la frontière à Sakiet Sidi Youssef, de sinistre mémoire. Et puis, la re-découverte (pour moi) de Dougga .

(La vue la plus célèbre de l'antique cité)
(Dougga - Patrimoine mondial -)
Quand les touristes ont quitté le site (...  du moins ceux qui ne se sont pas laissés enfermer! ) la vie authentique reprend ses droits.

Le voyage a pris fin. Ne restent que les souvenirs, et la promesse faite à Hamid de revenir. 

dimanche 14 mars 2010

Le vieil homme et l'enfant

Il s’appelait "Léonet", mais quand on parlait de lui, on disait "Le Léonet".
C’était un vieux garçon qui vivait avec sa sœur Tancette, également célibataire.
Il travaillait ses vignes et avait tout du vieil original.
Il pesait largement son quintal et une assiette pleine ne lui faisait pas peur.

Il vivait à son rythme qui n’était pas celui des autres. Sa pendule affichait un décalage d'environ deux heures avec la "légale", ce qui l’amenait à se lever lorsque les autres travaillaient déjà ; il allait travailler lorsque les autres rentraient ; il prenait son repas lorsque les autres avaient fini de digérer et se couchait fort tardivement dans la nuit.

Pour travailler ses vignes, il avait un cheval, mais un cheval entier. Et comme cet animal avait du feu sous les sabots, il ne fallait pas le solliciter beaucoup pour qu’il fonce sur les chemins.
On pouvait voir ce cheval attelé à la grande charrette aux roues à bandage de fer, traverser en trombe le village, dans un tintamarre, Léonet planté droit, tenant les rênes, pendant que sa sœur accrochée aux ridelles lançait des " Pas si vite Léonet ! ". Les enfants s’arrêtaient pour le regarder passer et s’exclamaient en riant  "C’est Ben Hur ! ".



Ce personnage pittoresque s’était lié d’amitié avec un enfant du voisinage.
Un enfant qui vivait avec sa mère et ses grands parents. Il était de santé fragile et recevait régulièrement des soins.
En apparence, rien de commun entre ces deux êtres, mais on peut comprendre qu’un enfant sans père et un homme sans enfant puissent être attirés l’un par l’autre.
Et de fait, chaque fois qu’il le pouvait, l’enfant courait chez Léonet ; tous deux s’asseyaient sur un banc et entamaient des conversations sans fin.
L’enfant voulait tout savoir. Et Léonet, qui avait beaucoup de patience, parlait, parlait, devant l’enfant qui écoutait.
Or, à 8 ou 9 ans, la santé de l’enfant se détériora et il dut partir en consultation. Le spécialiste lui expliqua qu’il devait subir une nouvelle intervention chirurgicale et en fixa la date.

Aussitôt revenu chez lui, l’enfant alla retrouver son ami Léonet.
Il avait compris la gravité de son état de santé :"Je vais partir à Montpellier pour être opéré, mais je sais que je vais mourir, alors je suis venu te dire adieu."
Léonet, interloqué, tenta de raisonner l’enfant, essaya de lui redonner confiance, mais en vain.

L’enfant fut hospitalisé pour être opéré et il mourut lors de l’opération.

La mort d’un enfant est toujours difficile à accepter et celle-ci émut la population du village.
Elle fut bien plus bouleversée encore lorsque Léonet, inconsolable, raconta comment cet enfant lui avait annoncé sa propre mort, avec beaucoup de lucidité, sans s’apitoyer sur son sort, sans une plainte.
Tancette est morte, renversée par une voiture. Le cheval a été vendu et sur les chemins du village on ne croise plus guère que des tracteurs.
Léonet s’en est allé lui aussi, et il me plait à penser que Saint Pierre a réservé à nos amis un banc, à l’ombre d’un tilleul, où ils ont pu reprendre des discussions qui n’en finissent pas.

Il vous attend :
Le Musée du charroi à Salmiech (Aveyron)

lundi 8 mars 2010

Le grand blanc


Ce week-end, début du grand nettoyage de printemps . Un temps magnifique tout samedi et tout dimanche...
- Pardon ? ... Vous avez-dit ?...
- Excusez-moi. Beau temps samedi et tout dimanche jusqu'à 17 heures.
Après, ça c'est nettement gâté.

Et pourtant !... Les draps avaient séché au soleil, mais oui, mais oui !... Remis sur le lit, odeur de plein air en prime,  ils ont fait passer une nuit douce et agréable .
Les branches tombées du tilleul ont été brûlées ... .
Le chef avait dit : tout doit être net !  Les ordres ont été exécutés. Même en haut lieu .

Résultat, ce matin, en photo .
Propre et net. N'est-il pas?...

... mais, il paraît que dans le Midi ( le Midi,  ques aco ?) c'est pas mieux, et là-bas, au pays-bas, dès qu'il y a un soupçon de blanc sur le sol, c'est panique à bord...
(J'ose pas parler du réchauffement de la planète)

Allez bonne journée à tous.


"... Mais vous, Hiver, trop êtes plein
De neige, vent, pluie et grésil;
On vous doit bannir en exil.
Sans point flatter, je parle plain,
Hiver vous n'êtes qu'un vilain !"
(Charles d'Orléans)

samedi 6 mars 2010

" Veni, vidi...Invictus"

Une histoire d’ovalie… trop rondement menée ?
Non.
Bien que Galilée ait oublié Kepler en son temps, le mouvement elliptique de corps célestes en orbite semble être chose acquise pour nos astrophysiciens.
C’est de rugby dont il s’agit ici . Sport créé par un jeune étudiant en l’université éponyme en 1823, du nom de William Webb Ellis, plus tard pasteur anglican et mort en France .

Il s’agit cependant surtout de politique, et qui plus est en Afrique du Sud avec le démantèlement de l’Apartheid et la présidence de Nelson Mandela.

Et il s’agit enfin du dernier long-métrage du grand Clint Eastwood .
Bientôt octogénaire, il fit découvrir l’histoire mythologique des Etats-Unis au colt, avant de passer derrière la caméra et de livrer des masterpieces à la pelle (Bird, Impitoyable, Sur la route de Madison, Million Dollar Baby, Mémoires de nos pères et Lettres d’Iwo Jima, Gran Torino l’an dernier).
Clint Eastwood, commandeur de la Légion d’Honneur depuis 2009, outre ses nombreuses récompenses cinéphiliques...
....voilà pour le cadre.

Pour la matière, le film tant attendu, Invictus, est ni plus ni moins qu’une honnête tranche de cinéma, très bien réalisée mais, à dire vrai, peut-être trop.
La présence de Morgan Freeman est généralement un gage de qualité hors défauts de production (Bruce tout-puissant, hélas, et ses succédanés), mais traiter de Madiba, c’est-à-dire de Nelson Mandela, est un travail minutieux d’icône par la force des choses.
Peut-être qu’un soupçon d’iconoclasme (même eu égard à une telle personne, à son rôle historique) n’aurait pas fait de mal.
Bien interprété, bien ficelé, bien hollywoodien (fautes de rugby mises à part), Invictus est un long-métrage agréable, de saveur convenue sur un sujet sensible : sans en-avant, il n’est ni le meilleur ni le pire, ni Stanley Kubrick ni Ed Wood.

Il garde son quota de "clichés" :
Par exemple,  les deux mains qui enserrent la coupe de la victoire : une blanche, une noire.
Ou encore,  la scène avec le gamin des rues, un noir, qui n’a pu entrer dans le stade et qui "squatte" la radio des policiers. D’abord écarté, puis toléré à proximité d'oreille de la voiture de police, puis sur le capot, puis admis à partager une canette, puis… puis ...porté en triomphe dans l’excitation de la victoire.

Peut-être est-ce quand même un peu se la raconter ainsi, que de faire du cinéma sur les instants où le sport devient le ciment national.
Mais un peu de lyrisme ne fait pas de mal.

«Je remercie les dieux quels qu’ils soient
Pour mon âme indomptable…
… Je suis le maître de mon destin,
Le capitaine de mon âme »
(William Ernest Henley)


(Ecrit à quatre mains et, ce jour-là, à 180 kilomètres de distance)

Non, pas de livres cette fois-ci.
Un CD:  Paul Simon " Graceland "

mercredi 24 février 2010

Frère basket

Parfois, quand nous sommes dans le 34, j’aime assister à la messe dominicale dans une maison de retraite pour 3me âge … ecclésiatique ! Le lieu me plaît assez. Eloigné de l’agitation de la ville, près du canal, c’est un petit ensemble de bâtiments autour d’un ancien parc un peu délaissé, avec une église de dimensions modestes.

Naguère, on pouvait y pénétrer par une sorte de garage où se trouvait un point d’eau. Maintenant, on doit passer par l’entrée "officielle", avec loge de gardien (désormais désertée), et un jardin ordonné de façon géométrique, toujours fleuri. Je me souviens d’y avoir vu de beaux arbustes, comme des grenadiers, mais taille mini, homéopathique, avec de jolies petites fleurs rouges qui semblaient être en cire.
Par le passage couvert, au fond, sur la gauche, on allait en famille visiter une crèche très artisanale où les personnages étaient animés par tout un système de roues de bicyclette… Cette machinerie inventive se laisse découvrir quand on contourne la scène de la Nativité. C’est, je crois, l’œuvre d’un prêtre résident.

Dans cette église sobre et claire, deux choses surprennent.
Tout d’abord, les cohortes de personnages peints de couleur sombre sur chacun des deux longs murs : on peut y voir des "têtes connues" - dans l’histoire de l’Eglise s’entend !- Comme une procession qui s’avance, en deux colonnes, jusqu’à l’autel…Une B.D., quoi !
Ensuite les bancs pour les fidèles. Fidèles âgés certainement, pour lesquels quelque ergothérapeute spécialisé en la matière (?) a inventé le rembourrage nécessaire à l’arthrose si bien partagée. Au dos de ces bancs, des petites étagères s'ouvrent par des panneaux coulissants sur les livres des uns… mais pas des autres ! Je me souviens d’avoir "squatté" - sans le savoir - le banc d’un ancien qui, gentiment, avec un sourire désolé, et en s’excusant, me le fit remarquer. Chacun à sa place !

Mais j’aime aussi particulièrement ce lieu pour la présence d’un frère, frère des Ecoles Chrétiennes comme on disait, lui aussi d’un âge avancé, toujours vêtu - et c'est le seul - de la soutane noire avec rabat, sorte de double cravate courte et blanche (non, non, je ne suis pas spécialiste!). L’ourlet, un peu court, du vêtement noir laisse voir ses chaussures : des baskets !...
Je n’assiste pas à l'office seulement pour lui, évidemment, mais j’aime à rencontrer ce retraité au visage serein. Il accomplit ce qu'il a à faire tranquillement, au sein d'un rituel parfaitement réglé... Serviteur à sa place, c'est ici l'expression qui convient .
Je ne lui ai jamais parlé – et d’ailleurs, que lui aurais-je dit ? –
A chaque fois que je reviens, je le cherche avec une sorte d’angoisse.
Mais oui, frère basket est bien là. Merci .

dimanche 21 février 2010

Libellules ... et résilience.

L’enfant avait découvert une nouvelle école.
Une vraie, celle où l’on apprend à déchiffrer, pas comme la maternelle d’avant les évènements. La maîtresse était compétente mais sévère, elle usait parfois d’une longue règle pour taper sur les doigts des récalcitrants, qui se retrouvaient alors à genoux devant le tableau et l’estrade. Cette école, à l’entrée du village, on pouvait y pénétrer de deux côtés. Côté route, par un portillon de fer et une longue et étroite allée bordée de buis taillés, amenant directement devant les classes, portes et fenêtres alignées comme au garde-à-vous. On pouvait aussi emprunter la rue moins fréquentée qui débutait avec l’atelier du tonnelier pour aller jusqu’à la rivière. L’enfant préférait cette rue et le portail qui donnait accès à l’école, au niveau inférieur,  par la cour de récréation. Dans cette cour se trouvait un arbre taillé en cépée où les «grands» s’essayaient au théâtre. Comme un sas, comme une halte souriante et rassurante avant l’entrée en classe... Et puis cette rue, c'était celle empruntée avec sa mère, le dimanche, aux beaux jours, vers la rivière où l'on pouvait poursuivre les libellules bleues et vertes, en prenant garde à ne pas glisser sur les galets recouverts de mousse.
Les libellules !... Toute sa vie,  elle aimera les élégantes libellules …

L’enfant avait aussi découvert une nouvelle maison.
Au dernier étage d’une vieille demeure, deux pièces accessibles par un grand et sombre escalier. Le strict nécessaire, une cuisine et une grande chambre. Du côté opposé au lit, devant la fenêtre, quelques marches de bois donnaient accès à un grenier, réduit mangé sur une grande partie de sa surface par la protubérance de la voûte du grand escalier. Un endroit dangereux : une fenêtre carrée, presque au ras du sol, une très belle vue plein sud sur le village et la campagne. Mais un endroit magique, tout chaud de soleil, un abri pour jouer et oublier le monde .
Cette année-là, le Père Noël de maman avait apporté une petite mallette de carton bleu. A l’intérieur, retenus par des élastiques, une poupée et ses vêtements: promesse de jours et de jours de bonheur… Le Père Noël de papa avait, lui aussi, fait fort : un berceau alsacien d’osier ajouré, avec des roulettes. La grand-mère en avait confectionné tout l’habillage, avec un joli tissu bleu à fleurettes. Oui, mais les instructions étaient  claires :  les cadeaux ne voyageraient pas !... Poupée et berceau vécurent donc leur vie de jouet, chacun de son côté, à des kilomètres l’un de l’autre, passant entre les mains de l’enfant au gré des vacances réparties par Monsieur le Juge.
Elle était toute jeune cette mère, guère plus de vingt-cinq ans. Elle venait à peine de s’extirper d’un quotidien de violences, et devait tout ré-apprendre pour s’essayer à une nouvelle vie. Chercher du travail, en trouver - mais à la ville distante de quelques kilomètres. Chercher un vélo - mais pas trop cher et avec un porte-bagage, le "bagage" c'était l’enfant. Accepter de travailler sept jours sur sept, le dimanche pour compenser tous les repas de midi que prenait l’enfant à la table des patrons.

Ce n’était pas le luxe, évidemment. Mais l'enfant se savait aimé. Cosette et les Thénardier ne faisaient pas partie du paysage !

Le seul mauvais – mais alors, très mauvais - souvenir, qu'il lui reste, c’est celui né du sentiment d’abandon qui l'étreignait lorsque sa mère rentrait tard le soir.
Car c'était sûr, ce soir, elle ne reviendrait pas !…
Et c’était alors des pleurs et des galops à travers le petit espace. Ouvrir la fenêtre du grenier, guetter et scruter la silhouette de chaque passant dans la ruelle en contrebas. Dévaler les marches de bois et repartir en courant vers la porte. Sangloter et hoqueter plus fort en étreignant la poupée…Cet effroi avait la couleur du noir de la nuit qui arrivait, et la froideur du carrelage humide sous les pieds nus… Se taire enfin à l’écho des pas dans l’escalier, sur le palier, et de la clef qui tourne dans la serrure. Vite au lit et faire semblant de dormir.
Le lendemain, tout nier devant les voisins donneurs de leçons. Surtout ne pas se plaindre, ne rien dire à ces voisins en embuscade, prêts à cafter à l’assistante sociale, à Monsieur le Maire, à Monsieur le Juge peut-être…

Des années après, découvrir dans un livre le mot résilience .

Des livres ?  Boris Cyrulnik, bien sûr.

samedi 13 février 2010

On savait s'amuser en ce temps là !

Les faits se seraient déroulés chez nos amis Cazoulins dans les années 1925 - 1930.

Le comité des fêtes organise un bal à la salle des fêtes. Il a bien fait les choses : large publicité, décoration de salle et a choisi un orchestre réputé.
Toute la jeunesse de Cazouls est là ; mais aussi les étrangers de dedans, habitants du pays, par opposition aux étrangers de "deforas". (*)
La fête bat son plein. Tous les airs connus sont au répertoire et notamment les airs américains qui font fureur. Il faut voir la jeunesse danser le Charleston – tout ce beau monde monté sur ressorts et qui tricote des genoux sous le regard offusqué ( jaloux ?) des aînés.

A un temps mort, s’avance un grand escogriffe portant au bras un grand seau rempli de confetti. Il fait le tour de la piste de danse en lançant ses confetti, puis pose son seau au milieu de la piste et s’esquive.
Il y a dans les bals des jeunes qui s’amusent ! Les plus rapides se précipitent sur le seau pour prendre des confetti et les lancent aussitôt. Les moins éveillés viennent à leur tour pour faire de même.

Mais le récipient avait précédemment servi à un autre usage... et le fond en était copieusement garni.

Lorsque les confetti se firent plus rares, les enfants enfoncèrent les mains au fond du seau et en retirèrent ce que vous avez compris : …tête des enfants !
Pendant que les farceurs quittaient les lieux, un groupe d’enfants cherchait comment se débarrasser de ce qui les gênait. Ils ne trouvèrent rien de mieux que les rideaux de la salle des fêtes.
Cet intermède achevé, le bal reprit… l’odeur en plus.

Très bonne soirée à tout le monde !
(*) pas trés "politiquement" correct, mais les jeunes du cru voyaient d'un (trés) mauvais oeil ceux du village d'à côté (à 9 km!) qui pouvaient leur prendre leurs filles à marier!
C'est une histoire que racontait mon grand'oncle : il aurait eu 102 ans pour la St Valentin.

A feuilleter:
Hachette - l'Aventure du XX° siècle - dont est issue la photo de Joséphine Baker

mercredi 10 février 2010

Enveloppement durable

Dring...
Le pied pas trés sûr, les cheveux en bataille et l'oeil pas vif du tout, il faut tout de même assurer et, le matin, préparer le petit déjeuner !
Comme chez les sportifs, c'est là que commence l'échauffement
En premier, faire le café. Bien. Mais à chaque fois c'est pareil, le paquet, chaque nouveau paquet, fait de la résistance. Avez-vous, comme moi, remarqué combien il devient difficile d'ouvrir les emballages?. Enfin je veux dire, d'ouvrir proprement les emballages?. La machine fera son travail, ploc ploc, comme indifférente à la poudre noire de café étalée tout autour... Passons à la brique de lait. Il fallait sortir de l'ena - au minimum - pour inventer un système pareil. Le clip de plastique bleu passe encore. Mais la languette alu qui se découvre alors joue les mijaurées : un coup elle ne se laisse pas saisir, un coup elle casse, ou alors - et je crois que c'est son option préférée - elle se rompt brutalement en cours d'ouverture, et ce sont mes doigts qui recueillent les premières gouttes. Non, je ne lècherai pas les doigts (le lait c'est pas ... ma tasse de thé) .
Les écolos qui m'entourent m'ont appris qu'il faut "écraser" la brique vide avant de la mettre dans le conteneur qui convient. Ecraser la brique de lait ? Aux abris! ... La brique, elle ne devait pas être tout à fait vide!
A bien examiner nos achats de première nécessité, une constatation s'impose : tous les produits sont difficiles d'accès. Les boites de sardines sont blindées... Les paquets de nouilles s'ouvrent ... à la volée. Les biscuits s'entourent d'une ou de plusieurs couches de papier cellophane ou de plastique. Du solide, du costaud, et les ciseaux ne sont pas fournis avec. Et je n'évoque que pour mémoire la bouteille d'huile, son bouchon récalcitrant et ses éclaboussures ... A croire qu'on leur a fait subir des tests pour une certification " XXXL protection ". Enveloppements durables, vous l'avez dit.
Tous les emballages (me) résistent.
Tous, sauf un .
La plaquette de chocolat se laisse encore déshabiller avec toute la facilité et la discrétion souhaitables.
Le cartonnage est solide, mais il s'ouvre sans bruit sur un papier alu qui se froisse avec un son délicat !... Ecoutons Juliette Gréco : "Deshabillez-moi..." . On ne se lasse pas d'ouvrir la plaquette, de savourer, de refermer la plaquette un court instant, puis de recommencer... Finalement, le chocolat c'est un achat de raison : bon pour la santé, bon pour le moral et son emballage n'ajoutera jamais de stress aux impatients de naissance (j'en connais!).

A titre personnel, et depuis plusieurs années, notre famille boycotte tous les produits d'une marque suisse trés connue dont le nom commence par N : il y a en France de bons chocolatiers . Il y en a aussi en Belgique .

mercredi 3 février 2010

"Sept cents millions de chinois, et ..."

Ce matin, à la télé, lors des informations, on nous apprend que le marché chinois de l'automobile neuve est en train d'exploser. C'est vrai qu'il y a de quoi faire, si on veut remplacer tous les vélos!... et le commentateur de poursuivre: la première chose que fait la famille de l'acheteur chinois (oui, c'est un achat collectif) est de s'asseoir à l'arrière du véhicule pour en tester le confort ...
Comme un flash, me revient alors le souvenir de Jean-Marc Mousseron, notre professeur de droit à l'Université de Montpellier. Super-prof-super-doué en vérité, mais assez malhabile dans la vie courante : lui, quand il achetait une voiture, il commençait par donner un coup de pied dans les pneus, puis il en essayait le klaxon... Un look improbable : cheveux en brosse (certainement le même coiffeur que Fourcade ancien ministre des Finances), une chemise blanche aux manches larges mais coupées courtes, un léger embonpoint - il disait qu'il fallait conserver son PBH, son Poids de Bonne Humeur! Un style vestimentaire intemporel, trés démodé à cette époque là : le joli mois de mai venait à peine de s'éteindre ...
Il parcourait l'estrade du grand amphi à grandes enjambées, dans un sens puis dans l'autre, le buste penché en avant comme un sprinter qui veut franchir la ligne avant les autres concurrents... Son outil fétiche, c'était le tableau, noir vert ou blanc, qu'importe, sur lequel il traduisait en grandes lignes son cours magistral . Et "magistral" était bien le terme adéquat . Son fameux plan en deux parties auquel avaient l'air de se soumettre tous les arrêts (et leurs commentaires!) . Tout était "traduit" sur le tableau dans un ordonnancement géométrique d'une même origine . C'est de lui que j'ai appris que les conclusions pouvaient être analysées en justice... et en équité ! C'est pas pareil ! C'est par lui, également, que j'ai su que l'université devait nous apprendre où, et à quel endroit, et comment, chercher la solution, et ne pas retenir la solution elle-même, qui n'était que la solution du moment . Ce que ma fille aînée traduit : tout ce qu'elle a appris est " bon pour la benne" !
Ses étudiants l'adoraient, le terme n'est pas trop fort . Cette matière aride du droit civil, il l'avait embellie, transformée, rendue claire et intelligible : à l'écouter, on se sentait (un peu!) intelligent ...
Lors de la rentrée de 2me année, il avait réuni ses étudiants dans un amphi de l'ancien IUT pour visionner le film de la conquête de la lune (juillet 1969). Pourquoi se demandait-on quand la lumière s'était rallumée?.. La réponse de Mousseron : rien n'aurait été possible sans une organisation sans faille . Ce fut le début de l'enseignement du droit de l'entreprise.

Jean-Marc Mousseron est parti, lui aussi .
Je me demande, tout-à-coup, s'il n'existerait pas sur Facebook, un groupe "Je suis fan de Mousseron"...  
Faudra que je demande à mon fils qui manie la souris mieux que moi.

Des livres ? non, sérieusement? Tout le droit de la distribution ( la traduction juridique du premier centre commercial Mammouth, sur la route des plages, c'était lui!) . Ca vous tente toujours ?

vendredi 29 janvier 2010

Je m'arrache...

Un texte que j'aime, par un jour gris, loin de là-bas.

" Depuis plus de trente ans je refais ce voyage,
Tous les ans à pareille époque ; et tous les ans,
Le même jour, au même endroit, - sans que ni l’âge
Ni l’amitié, ni l’art aux appels caressants
Aient pu diminuer le regret que je sens,-
Je pleure en quittant mon village.

J’avais cru que le jour où ma vieille maison
N’aurait plus un vivant pour m’en ouvrir la porte,
Mon cœur plus aguerri de saison en saison
Laisserait, au départ, mon âme un peu plus forte ;
Car, en effet, pourquoi pleurer quand il n’importe
Qu’aux morts dormant dans le gazon ?...
Plus que trois jours, plus que deux, un jour, un seul !
Plus qu’une seule nuit, triste et pourtant trop brève,
A passer au foyer, dans le lit de l’aïeul…
Et puisse enfin la voix impérieuse et tendre
De la glèbe natale et du foyer en deuil
Parler plus haut, - si haut, que mon âme, à l’entendre,
En oublie à jamais les chemins de l’orgueil,
Et que j’aille vieillir au soleil sur le seuil
De ma Maison qui doit m’attendre. »

François Fabié (Poète du Rouergue 1846-1928)
Les départs - extraits

Lisez François Fabié, auteur sensible et mélancolique.
Il y a quelques années j'ai pu acquérir le manuscrit de "Pour le Pain", initialement publié dans un recueil à ce jour introuvable -  Les Paysans et la Guerre - 1918 -
C'est une grande émotion de découvrir la naissance d'un poème, les phrases ou les mots rayés, remplacés, longue recherche de l'harmonie pour une oeuvre finale toute ciselée de tendresse. 

vendredi 22 janvier 2010

indice de confiance : 5/5

Aujourd'hui, j'ai quitté ma maison du 34 pour celle du 12 . Rien d'original .

Mais en empruntant la route des Rives, celle qui serpente et suit la ligne de crête de l'Escandorgue, je pense à tous ceux que je viens de laisser derrière moi, dans le pays-bas.
Tous ceux qui m'ont dit "aurevoir" avec un sourire de faux-jeton : elle s'en va " à la montagne", "chez les gavachs", "en Sibérie" etc. On n'a pas l'oeil humide, non, mais peuchère, on la plaint !...
Après le col de la Baraque (610 m et c'est dans l'Hérault!...) je jette régulièrement un rapide coup d'oeil sur le paysage que je vais quitter, ce paysage qui m'accompagne pratiquement jusqu'à l'ancienne ferme d'Engayresque, temple bouddhiste à ce jour . C'est le point de non-retour .


Oui, mais aujourd'hui, avant de photographier le cornet de glace à la pistache, je m'arrête pour regarder une dernière fois les Monts d'Orb. Et là, juste derrière La Coquillade, j'aperçois les Pyrénées enneigées!...

Alors, pour le coup, c'est moi qui vous plains, mes pôvres -z- amis héraultais, vous qui vous activez dans vos jardins.  Quand on voit la chaîne des Pyrénées, c'est la pluie assurée sous trois jours maxi .
Et comme on dit à la télé, indice de confiance 5/5.

Me voici arrivée chez moi, "au-delà du cercle polaire" comme l'a écrit un connaisseur!

Sur mon ordinateur, une copine m'attendait .  Je vous la présente. Elle est là pour annoncer le printemps (à mon bénéfice exclusif).
Indice de confiance 5/5 . Sans barguigner.

Allez bonne fin de semaine et sans rancune!

vendredi 15 janvier 2010

... de mon fenestron



A tous ceux
qui m'ont envoyé leurs voeux,
pour 2010
merci

Que vous offrir en retour ?
la paix
et la santé,
Quelle que soit votre identité.
Et puis, de l'amour
toujours.