jeudi 1 octobre 2009

J'aime pas Marcel.

C’était juste après le dernier rond-point de Béziers, direction Pézenas . Je rentre à la maison, ma maison dans le 12. Un peu triste de quitter, provisoirement s’entend, ma maison du 34. Devant moi, un engin de chantier nettoie les bordures de la route. La sècheresse de la saison aidant, c’est un nuage de poussière ocre qui se forme sur toute la largeur de la chaussée et oblige à ralentir. Je ferme vivement les écoutilles, enfin je veux dire la fenêtre de mon véhicule, et traverse ce rideau semi-opaque. Ca y est, c’est fait !... Pour la poussière, ça va, j’y ai échappé, mais pas pour l’odeur !... Cette odeur familière envahit tout l’habitacle et peu à peu me submerge. Subtile fragrance qui évoque un peu l’anis, un peu la réglisse (voire le pastis, à chacun selon son nez), et pour moi les promenades sur l’ancienne voie du chemin de fer d’intérêt local. Là poussaient, et je pense poussent encore, ces grandes et fines tiges de fenouil sauvage, belles ombellifères sur lesquelles, telles des cordées d’alpinistes, s’agrippaient les cagarauletas. Nous ramassions ces petits, très petits, escargots qui après avoir été convenablement apprêtés …pouvaient se manger, si on était assez patient pour batailler avec la coquille et en retirer une petite misère, bien parfumée au fenouil certes, mais bien petite aussi. Un peu, dans le même domaine culinaire, comme avec la grenade : beaucoup de boulot per pas gaire. Revenons à notre fenouil. Ce fenouil, je le cueille sur le chemin du retour, pour parfumer le court-bouillon ou le poisson sur le gril . Je le cueille toujours rapidement, à la dérobée, un peu inquiète de me faire prendre en flagrant délit de vol, avec mon sécateur de vendange toujours prêt à cet usage, à sa place dans l’auto (oui, je sais, je suis maniaque…). C’est un peu comme la chasse en période prohibée, en voiture, et en plus avec le matériel adéquat ! Son parfum m’accompagne sur la route de l’exil, exil temporaire je répète. "… Mais, ma cocotte, dirait Pollux, c’est un symptôme Madeleine de Proust que tu es entrain de nous développer là ! " Moui, peut-être, mais j’aime pas Marcel, mais alors pas du tout. Chez lui, je vais direct à la dernière page, et encore, c’est pas pour connaître la fin de l’histoire, c’est pour refermer le bouquin et le rendre presto à celui qui croyait me faire plaisir en me le prêtant ! Et puis, cette histoire de travaux à la sortie de Béziers, ça me permet aussi de pousser un coup de g…(mais petit, le coup de g... pas de politique ici). J’aimerais qu’on m’explique l’utilité d’une nouvelle autoroute, ou de la prolongation Pézenas – Béziers de l’A75, alors qu’existe déjà la Languedocienne… Si c’est pour y voir défiler vers l'Espagne, et à rien ne coûte, tous les bronze-c...de l’Europe, j’apprécierais que ce ne soit pas grâce à nos « contributions » citoyennes. Dans le cas contraire, il faudra peut-être envisager – sérieusement – la création du C.C.Q.P.* cher à mon oncle. * C.C.Q.P. = Club des Couillons Qui Payent.

vendredi 18 septembre 2009

Je veux re-lire !



Non pas lire quelque livre que je connais déjà. Non. Re-lire, c'est-à-dire se remettre, me remettre, à la lecture. Difficile. Plus difficile que je ne le croyais. Déjà trois ans que j’ai cessé mon activité professionnelle : je pensais avoir désormais tout le temps nécessaire pour découvrir tous ces titres qui m’attendent dans la bibliothèque. Reproches muets chaque jour devant mes yeux : « pas encore lus ! ».
Et pourtant ! Combien j’ai aimé lire ! Combien de fois un livre m’a écartée de la tristesse ambiante, m’a sauvée tout simplement. Tout ce qui était imprimé était pour moi. Pas encore dix ans, allongée entre les deux grandes planches de la lingerie du Belleville où Jacqueline me tolérait, un livre entre les mains et j’échappais pour de longues heures à ce morne quotidien.

Ce que je lisais ? Tout, mais vraiment tout. Ce que me prêtaient les protégés de Monsieur Massis, et aussi les illustrés, car on ne parlait pas encore de B.D. C’est à cette période que je suis devenue tintinophile pour le restant de mes jours … et vaccinée à tout jamais contre les autres qui tentèrent de détrôner la bande à Milou: jamais pu digérer Gaston Lagaffe… Depuis, j’ai vécu grâce au stock de jurons du Capitaine Haddock : c’était l’époque où l’on pouvait traiter son adversaire de moule à gaufre, de marin d’eau douce ou de bachi-bouzouk (mon préféré) sans risquer le prétoire, côté accusé. J’aurais aimé interroger un homme : «La barbe ?... Dessus ou dessous le drap ?» …Et le professeur Tournesol ! …J’ai découvert par la suite que deux authentiques savants avaient servi de modèle, si l’on peut dire, à mon cher Tryphon : le suisse Piccard qui explora la verticalité, celle du ciel et celle des profondeurs marines, et le français Rocard, le père de notre Michel, oui, oui. Dénominateur commun : tous un peu dur de la feuille.

A Font-Romeu, lire c’était s’évader. Mon ancien instituteur, Emile Bonnet, m’envoya son livre Une drôle d’absence avec ces mots si vrais : « je te dédie ce livre, toi qui fus si longtemps prisonnière, bien que dans d’autres conditions… » Plus tard, à Saint-Pons, dans le noir et le silence du dortoir, c’est à la lampe électrique et sous les couvertures que je dévorais, des nuits entières, des livres connus ou pas, des livres recommandés … et d’autres qui l’étaient moins. C’est grâce à la tribu des Whiteoak de Jalna, à Hercule Poirot (et aussi à Wonder !) que l’interne a pu survivre aux rosseries des surveillants, petits kapos, sous le règne des Dupy. Tout cela au risque de se faire prendre et de se faire coller, ce qui arriva très souvent. Oui, en ces temps là on était puni parce qu’on aimait lire !

A la maison, il n’y avait qu’un livre. Oui, vous avez bien lu : UN, un seul livre. Son titre ? Les Arabes, par le docteur Gustave Lebon. Je possède encore cet ouvrage, magnifiquement relié d’un cuir sombre, doré et travaillé comme un plafond andalou. Je n’ai jamais su comment Les Arabes étaient arrivés chez l’arrière grand-père, charpentier de son état!…
J’ai bien une petite idée .
L’arrière grand-père, m’a- t-on dit, avait parfois du mal à se faire payer, et certains biens qu’on penserait être « de famille » semblent avoir été acquis à l’aide d’un système qu’on pourrait qualifier de troc de nécessité. Le tombeau «de famille»? Construit par un maçon débiteur. L’ancienne et lourde porte d’entrée de la maison ? Fournie par un débiteur … qui avait une porte en trop, je suppose. Et donc, notre livre a peut-être été l’objet d’un identique marchandage. Deuxième indice : il y a aussi dans cette même maison, une table de toilette dont je connais l’origine ! … Il était une fois un fils de bonne famille qui faisait, à Montpellier, des études de droit et, en même temps, de médecine, le pôvre ! Mais si, mais si, c’était possible en ce temps-là !... Il a d’ailleurs exercé comme médecin du lieu, et non comme avocat. Quoiqu’il en soit, sans doute soucieux avant l’heure du maintien d’un certain équilibre vital, le carabin menait de pair les études et… la fête. Pour financer cette double vie, en évitant de trop solliciter la famille, et bien il vendait, de ci, de là, quelques objets ! Dont la table de toilette. Et pourquoi pas le livre? Elémentaire, mon cher Watson !...
Donc à l’ostal, pas de livre, ou si peu. Et pas de conditions franchement idéales pour s’adonner à la lecture : il avait été décidé, une bonne fois pour toutes, que la lumière c’était cher, et que « dix bougies » c’était bien suffisant pour se déshabiller et se mettre au lit. Et au lit, on dort. Alors, même à la maison, pour lire je me cachais ! Un mien cousin allait lire, lui, au milieu des pins de Caville. Mais il a fait carrière, lui, pas moi !
Des livres préférés ? Côté aventures, c’est sans discussion possible Malevil qui est en tête de mon hit-parade personnel (mais combien m’a déçue le film !). Tintin, lui, est hors concours bien sûr ! Et pour le reste, j’aime surtout la poésie. Je sais, je sais, ce n’est pas «tendance», mais Baudelaire vaut pour moi tous les auteurs «nominés» (horreur !), couronnés, par ces fameux prix d’automne distribués à la tête … de la maison d’édition.
Enfin, parlant d’expérience, aux dix droits imprescriptibles du lecteur énoncés par Daniel Pennac, j’en ajouterais un onzième : le droit de lire la dernière page pour connaître la fin de l’histoire avant l’heure.

Les livres-remèdes qui me font du bien :
R. Merle : Malevil
Loup Durand : Daddy
T. Sertillanges : La vie quotidienne à Moulinsart
Les anthologies de la poésie : celle de G. Pompidou (l’introduction du Président est à déguster sans modération) et aussi J. d’Ormesson Et toi mon cœur, pourquoi bats-tu , difficile de répondre, mais les yeux bleu porcelaine de d’Ormesson, c’est, c’est…le remède plus le médecin !

vendredi 4 septembre 2009

Conques et Gironde

Curieux ? Vous avez dit curieux ? Comme c’est curieux.
Et non, ce n’est pas un ourson, mais seulement un morceau de bois flottant arrêté à la pansière du moulin, qui attendait l’objectif de Guillaume. C’était sur la route de Conques (dans le 12, faut suivre ! le dernier post était sur le 34) : - « pas trop de monde » disait le conducteur, - «pourvu que ça dure» grommelait la navigatrice, celle qui assumait cette fameuse conduite accompagnée. À ce sujet, Monsieur le Ministre, des Transports, du Tourisme, de l’Equipement et de la Mer, il faudra penser un jour à décerner une médaille ou quelque chose dans le style, à ceux qui oeuvrent pour la future sécurité publique sur vos routes… C’est souvent la mère qui s’y colle et ces 3.000 kilomètres, c’est pas sans stress ! Revenons à nos moutons. Conques, un des plus beaux villages de France. Comme La Couvertoirade, oui, oui ! En Aveyron, ils sont dix dans cette catégorie! J’en vois qui roumèguent : c’est pas beau la jalousie... On peut avoir la chance de découvrir le village par le sud, ou bien, s’il y a beaucoup de visiteurs, votre voiture sera invitée à faire un grand détour pour aller se garer sur un parking de l’autre côté du village. Mais ce n’est pas à l’autre bout de la terre. Traverser le bourg médiéval, dans un sens ou dans l’autre (mais c’est mieux par le sud), est une source d’émerveillement. À chacun de nos passages, quelque chose de nouveau se révèle à nous. Ce n’est donc pas une visite que je veux faire, quelle prétention ce serait, pécaïre ! mais je veux attirer le regard et donner l’envie de «picorer». Comme ça, pas d’indigestion culturelle, pas de risque d’overdose ni pour les grands, ni pour les petiots. Place de l’église, collez-vous le dos à la boutique de souvenirs pour regarder le tympan de l’abbatiale composé de trois matériaux, facilement identifiables par les couleurs : du grès rouge, du calcaire jaune et le schiste noir. Il y a là 124 personnages composant une véritable B.D. sur le thème du Jugement Dernier. D’un côté les bons, de l’autre les méchants, ça on connaît. Certaines sculptures ont été «adaptées» à la forme arrondie du tympan, c’est le cas côté gauche, d’un ange avec une aile rognée semble-t-il, ou encore de Sainte Foy agenouillée, presque écrasée. Abbatiale Sainte Foy, c’est le nom du monument. J’ai pris – à ce moment là – une leçon de vocabulaire. Jugez plutôt : je croyais savoir que les reliques de la sainte avaient été dérobées à Agen pour venir orner Conques. Que nenni ! On doit parler à ce sujet d’une translation furtive, ou encore d’un pieux larcin ! Quelque chose de plus réjouissant : au-dessus du tympan sculpté, dans le cercle extérieur de la voûte, que voit-on ? Vous ne voyez rien ? Curieux, comme c’est curieux ! Oui, mon cousin j’ai dit curieux ! Et cette photo d’un des fameux vitraux de Soulages, elle vous fait penser à quoi ? Pour moi, c’est le rideau baissé d’une banque le jour de fermeture de l’agence… Pas plus ! Dans la rue qui descend en calades, juste avant le cloître, allez donc regarder de plus près les mesures de pierre. Il existe en Aveyron beaucoup de villages ayant conservé ces témoignages de l’époque où n’existait pas le système métrique. Les plus belles de ces mesures se trouvent à Aubin, à Compeyre, à Campagnac et bien sûr au Sesteyral de Sévérac-le-Château. Interrogé sur ces mesures, un bistrotier du coin «depuis plus de vingt ans» n’en connaissait pas l’existence et en tout cas pas l’emplacement. Il sert à boire, lui, il n’est pas l’Office de Tourisme, lui !
En bordure du cloître, examinez donc de plus près deux chapiteaux de pierre qui représentent les moines-soldats pour l’un (ci-dessous) et les moines-bâtisseurs pour l’autre.

Et pour terminer cette escapade estivale, continuez-donc à descendre la vallée, par Grand Vabre, jusqu’au château de Gironde, sa petite chapelle et le magnifique point de vue sur la rivière Lot. Ici repose un ancien député de l’Aveyron, dont le vœu de passer son éternité dans ce lieu fabuleusement frais a été exaucé. Georges Brassens, lui, n’a pas su faire !...

mardi 25 août 2009

"v" comme vendange... et comme voleur.

Quand n’existaient pas encore ces énormes araignées bleues, hautes sur pattes, qu’on appelle machines à vendanger, les vendanges manuelles étaient pénibles. Il fallait supporter l’onglée du début de matinée, avec de la gelée blanche, le soleil accablant de la mi-journée, et les après-midi qui n’en finissaient pas.
De bons souvenirs, il en reste aussi. La pause du casse-croûte du matin quand les travailleurs espagnols mordaient dans un grand morceau de pain, de flûte (on ne parlait pas alors de baguette!) frotté avec un ail, arrosé d’huile d’olive, garni de tomate, d’oignons, et d’une arencade, le tout composant un assortiment coloré, qui empestait l’haleine du vendangeur, mais qui, ma foi, serait bien à la mode de nos jours, presque du régime crétois. Le grand-père, lui, préférait le pâté «Géo» dont la boite de métal s’ouvrait à l’aide d’une improbable et minuscule clef …
Souvenir aussi que la dégustation gourmande dans quelque vieille vigne, des « raisins bons » dont les ceps avaient été volontairement disséminés, cachés, par le propriétaire lors de la plantation de sa parcelle, parmi les souches à vin. Comme ils étaient appréciés ces raisins oubliés, gorgés de soleil, grains ponctués de taches de rousseur, d’une couleur presque marron tant ils étaient saturés de sucres. Dans la «baraque» en bordure de la parcelle, des raisins pendaient au plafond de bois, suspendus à des fils de fer. Etendage censé défier l’agilité des rongeurs. Lors des travaux d’hiver, le podaire pouvait se nourrir encore au sucre des fruits de sa vigne. Parfois, c’était un chasseur, ou un braconnier solitaire, qui poussait les planches de la vieille porte jamais fermée et prélevait là son dessert, mais parfois aussi les rats avaient dévoré les grains, et seuls des squelettes de grappes pendaient tristement aux fils.
Photo J.C.
Triste, c’est moi qui le fus, le jour où j’ai découvert que devant ma baraque de vigne manquaient à l’appel la grande table et les trois «poufs» qui avaient connu la plupart de nos déjeuners (du matin) et dîners (de midi) pendant les vendanges. Ce n’était pas un vulgaire chercheur de champignons qui avait commis ce larcin, car la salle à manger de plein air était de pierre. La table, d’une bonne vingtaine de centimètres d’épaisseur et de plus d’un mètre de large avait certainement nécessité autre chose qu’un panier en osier pour déménager ! Un voisin suggéra alors quelques «pistes» qui menaient, pour la plupart, à des résidences (principales) du coin… La colère n’est pas bonne conseillère, on le sait. Me vinrent alors des idées de vengeance terrible, de celles qui auraient pu me faire côtoyer les longues robes noires. La préméditation, ça coûte cher d’habitude. Alors, j’ai laissé passer.
Mais si je ne suis pas méchante, je ne suis pas amnésique non plus.
Donc, chers amis, si par une belle soirée d’été, vous êtes invités à prendre l’apéritif autour d’une grande table de pierre, enquerrez-vous donc _innocemment_ du pedigree de ladite table. Et, selon le cas, au rapport, fissa.

mardi 18 août 2009

La Maison des Consuls

Comme tout anonyme dans la rue Amaury de Sévérac, la dame avançait la tête, le corps penché en avant (la porte est basse), zieutait l’horizon sur 180° et tentait : « Y a quelque chose à voir, ici ? ». Bien sûr ! La façade aux fenêtres à meneaux, les grilles forgées, les fines sculptures au-dessus du passage voûté, et l’inscription sur les banderoles rayées rouge et blanc «Maison des Consuls», tout indique que oui, il y a certainement quelque chose à voir là-dedans. Elle insiste encore : « Mais c’est quoi ? ». D’expérience, il vaut mieux alors lui couper la parole, l’inviter à franchir le seuil, et à descendre les marches. Avant le fatidique : « Y en aura pour longtemps ? »… Au secours ! Heureusement, il existe toujours des touristes ouverts, sympathiques et surtout curieux. Curieux d’apprendre quelque chose pendant les vacances, à condition que ce ne soit ni prétentieux ni soporifique. Reçu cinq sur cinq par l’Association des Amis du Château et du Patrimoine Sévéragais qui est l’âme de cette maison depuis 15 ans. Petite visite virtuelle…

Cette bâtisse de style Renaissance passe pour avoir été le lieu de réunion des consuls de la ville, les ancêtres de nos conseillers municipaux si on veut faire bref, mais en 1432 tout de même. Adossée à l’ancienne prison sur deux étages (dernière exécution publique en l’an 1778) et à proximité de l’ancien marché couvert, le Sestayral, elle occupe un emplacement de choix dans la cité médiévale, entre d’anciennes échoppes éparses et des maisons à escaliers turriculés. Aujourd’hui, la Maison des Consuls est un lieu d’expositions et de mémoire sur la vie à Sévérac-le-Château depuis le Moyen Âge (les familles de Sévérac puis d’Armagnac) jusqu’à l’époque la plus proche (le XXème siècle, qui a vu partir les dernières lauzes de la toiture du château, hélas…), en passant par le temps du seigneur Louis d’Arpajon (1590-1679), duc et pair du Royaume de France, soldat du Roi, mécène et bâtisseur. Ce sont précisément la généalogie et l’œuvre de Louis d’Arpajon qui sont accessibles dans la troisième salle du rez-de-chaussée : les portraits de sa famille regardent la maquette du château tel qu’il était au XVIIème siècle, maquette réalisée par deux architectes voici une dizaine d’années. Sévérac était le plus beau château du Rouergue… à l’époque. Tout visiteur bien accroché à la rampe d’escaliers hasardeux peut voir que la maison pluriséculaire est dotée de deux galeries Renaissance superposées au dessus de la Cour d’Honneur, rénovées depuis la conclusion du bail emphytéotique en 1994. Voici la belle Salle des Consuls. Jugez plutôt…

Les efforts en recherche et en nettoyage dans cette salle encore habitée par des lapins il y a quelques décades, ont permis de découvrir et de mettre en valeur un ancien plafond peint et une cheminée de gypseries. Certes, la présence de consuls médiévaux plus vrais que nature dans cette pièce aménagée dans un style XVIIème a de quoi surprendre, mais le passage du chaos des époques et des siècles semble avoir abouti sur un tableau cohérent (n’y aurait-il pas un sens de l’Histoire ?). En effet, plus loin sur la droite, une pièce fraîchement rénovée par l’association (plafond à la française et cheminée en tuf avec le blason de la ville) est le lieu d’expositions thématiques (les mesures d’Ancien Régime, la cuisine Renaissance…) renouvelées chaque année. En 2009, vous êtes invités à découvrir «de fil en aiguille, l’histoire du textile dans le sévéragais, et ailleurs».

Avant de franchir la porte de sortie, vous prendrez le temps de découvrir « La médecine au Moyen Âge ». On y apprend qu’en ce temps là, le praticien n’était payé que s’il guérissait le malade. Qui a dit : c’est une idée pour réduire le trou de la sécu ?.. Un diaporama présente en outre l'histoire de Sévérac dans l'histoire de France... dans la prison, en son, textes et images, le tout conçu et réalisé par un adhérent lui aussi entre 12 et 34 ! Ce texte a été écrit à quatre mains, pour ceux qui hésitent encore à se fatiguer sur les antiques calades (ça monte, c’est vrai), pour ceux qui pensent avoir tout vu et tout appris, un peu à tort, car le concret est irremplaçable en matière de vieux cailloux. Peut-être cet avant-goût tout électronique donnera-t-il à quelques surfeurs égarés l’envie de se rendre à Sévérac-le-Château… Crédit photos : A.Poujol Bibliographie conseillée : Alain Poujol et J.-P. H. Azéma, Sévérac le Château - Porte du Rouergue (2008) Abbé Julien, Histoire de Sévérac-le-Château (ancien épuisé, mais réédité) Dr J. Molinié, Sévérac-le-Château en Rouergue (ancien épuisé, mais réédité) Actes du colloque sur Louis d’Arpajon (2006), Société des Lettres de l’Aveyron

jeudi 13 août 2009

L'ami Louis

Il me souvient des années où je vendangeais au sein d’une «colle» assez atypique. À côté des vendangeurs «lambda», se trouvaient deux frères septuagénaires, peut-être même plus âgés. L’un était resté célibataire et l’autre était devenu veuf. Pendant les vendanges, tous les deux avaient une double vie. Ils passaient leur journée dans les vignes _ normal _, et la nuit ils étaient au café de la place à jouer aux cartes jusqu’à pas d’heure, ou chez eux à lire des livres d’histoire, mais attention, des livres de la grande histoire, celle avec un grand H. Seuls les destins de Babylone, d’Alexandre le Grand, l’épopée napoléonienne, ou autres récits épiques avaient leurs faveurs. Pour nous, les «lambda», c’était des vendanges culturelles, la tête et les mains en quelque sorte. Pour les deux frères : la nuit au bistrot ou à tutoyer l’histoire, et la journée dans les vignes (pas toujours de leur plein gré).
Donc, ce jour là, dans la touffeur du mois de septembre, grande discussion sur un problème de société tout à fait en adéquation avec le lieu et avec l’époque : la corrida. Fusaient tous les arguments habituels : le sang, la mise à mort, l’inégalité des chances etc. etc. Chacun disait la sienne, il y avait les «pour» et il y avait les «contre». Et, comme dirait Coluche, il y avait aussi ceux qui n’étaient «ni pour ni contre, bien au contraire», et qui, attendant surtout l’heure de rentrer à la maison, étaient trop contents de faire une pause. Louis faisait partie de ceux qui ne peuvent pas faire deux choses en même temps : travailler et parler. Il s’arrête donc de couper les raisins, relève la tête, et dans le même mouvement lève aussi la serpette, comme s’il voulait ponctuer de doctes paroles, puis assène : «Et le ver de terre au bout de l’hameçon, hein, tu crois qu’il se régale, lui ?... ».
J’aimais bien Louis, il avait l’art de traduire clairement, abruptement même, ses convictions en peu de mots et phrases. Je me souviens l’avoir souvent entendu dire, dans une espèce de francitan que dans la vie, il y avait los apérich… et los autras. La dernière partie de la sentence était suivie d’un mouvement du menton désignant quelqu’un de son proche entourage ! En substance et en français : il y a ceux qui sont éveillés, clairvoyants, dégourdis, voire malins… et puis il y a les autres, les pas dégourdis etc. Pas très flatteur pour celui qui était ainsi désigné. Témoin de cette scène, qui se répéta à plusieurs reprises, je crois avoir compris qu’il s’agissait d’une «petite vengeance». Je m’explique. Vieux garçon, Louis avait donné son bien «à fonds perdu», comme ils disent là-bas, à la fille unique de son frère. L’oncle s’entendait bien avec sa nièce et le respect qu’elle lui témoignait allait de pair avec une réelle affection souvent teintée d’ironie. Mais il n’en était pas du tout pareil avec le neveu par alliance, le mari de la nièce. Et chaque jour de ces vendanges «culturelles» qui donnaient un public à Louis était l’occasion d’autant de piques plus ou moins acérées mais toutes pointées dans la même direction … suivez mon regard !
Ce n’était cependant pas un psychodrame familial, loin de là. Louis était intelligent, fin et parfois même finaud ; il avait le don de l’épopée, sachant comme personne conter une histoire, un fait-divers, une anecdote. Au milieu des ceps de vigne, il interrompait son travail pour déclamer, au bénéfice de qui voulait l’entendre, et en alexandrins s’il vous plaît, tel ou tel évènement survenu dans son village.
Mais l’épopée n’était visiblement pas la tasse de thé du neveu, fonctionnaire de son état, viticulteur les week-ends et jours de grève.
Dans ce groupe familial un peu particulier, à l’époque des vendanges, l’originalité régnait. Il y avait des réflexions, des comportements étonnants, en tout cas pas très scientifiques. Depuis plusieurs années déjà, sous l’impulsion des jeunes, la mécanisation et les nouvelles pratiques agricoles s’étaient invitées dans les vignes : les raisins coupés par los vendemiaires et mis dans les seaux, étaient versés dans la benne attelée au tracteur, la benne emplie était amenée à la cave coopérative, cependant qu’un deuxième conteneur prenait place au milieu de la colle. À la cave coopérative le chargement était pesé, en poids et en degré, et un ticket remis au viticulteur en faisait foi. Rien de bien compliqué jusque là ; tout le monde comprend. Mais, apparemment, les outils de la comprenette ne fonctionnaient pas tout à fait pareil au sein de la famille de l’exploitant. Revenu dans la vigne, remorque vidée, le tractoriste était assailli de questions. Le poids et le degré, ils voulaient tout savoir. Et là, c’était le pompon!
Passe encore pour Louis et pour son frère, ils étaient âgés et avaient connu, non pas l’âge du bronze, mais celui du cheval, de la charrette et de la comporte. Mais le neveu et la suite, tout de même !... Se déroulait alors une épreuve mathématique spéciale où le poids de chaque benne était converti en unités «comporte». L’unité «comporte» n’est pas très fiable: 85, 90, 100 kilos ? Combien? Tout dépend, non pas de l’âge du capitaine et de la force du vent, mais de l’âge et de la force de celui qui était, dans le temps, lo quichaire, celui qui maniait la masse, écrasait et tassait les raisins versés dans lo semal jusqu’à ce que le jus montant au dessus des fruits, à deux doigts de verser hors du récipient, le contraigne à arrêter de «quicher».
Suivaient alors de savantes statistiques : cette vigne, en 1960, en 1968, combien ? (sous-entendu, combien de comportes), pas plus ? Ah bon ? Oui mais ça pesait ! (ici, unité de degré d’alcool, faut suivre !)
Je me souviens encore de la façon très particulière selon laquelle, parfois, s’organisait la récolte. C’était le cas pour une petite parcelle, affligée d’une forme qui ne s’apparentait ni au carré, ni au losange, ni au cercle, enfin à rien de géométriquement connu. Louis se mettait à la manœuvre et dirigeait l’attaque, de front côté large, puis en long, et enfin «on va l’essayer de galis ! ».
Donc, si vous m’avez bien suivie jusque là, vous avez compris que ces vendanges faisaient réviser aussi bien l’histoire que les mathématiques, spécialité calcul mental, les statistiques et la géométrie. Cependant, les étudiants ne s’y bousculaient pas... C’était il y a presque trente ans. Louis n’est plus.
À Dieu, l’ami.

Un livre ?
Jean Claude Carrière : Le vin bourru

jeudi 6 août 2009

Randonner, mais pas raconter

Ce matin nous avions accepté l’invitation, déjà lancée à maintes reprises, pour une petite randonnée en pays sévéragais. Trois randonneurs et un chien.
Entre herbes sèches crissant sous les pattes (quatre pattes et six pieds !) et ciel bleu, d’un bleu, mais d’un bleu… enfin tout le monde a compris qu’il faisait beau temps. Ah, soufflait aussi un petit vent sympathique, ni frisquet ni fort. Bref, une belle journée et une belle balade sur le causse, et même sur la devèze… Et là, stop. Tout le reste est «secret défense» a dit le chef du groupe. Tout : le tapis de cardabelles (- et si j’écrivais son nom latin carline acaulis, pour tromper l’ennemi? non?- Non!), les cardabelles philippines, les mêmes mais accolées par deux, des siamoises quoi ! Non?- Non! Donc on ne parlera pas de la flore caussenarde qui est, on le sait, protégée.
Après l’ascension le long du petit bois, pause méritée pour une vue panoramique magnifique. À l’ouest, Sévérac et son château, au sud je ne sais pas trop (je ne m’en souviens pas ! «on dirait le Sud»), à l’est se devine à peine l’Observatoire du Mont Aigoual et vers le nord, le plateau de l’Aubrac. Ah l’Aubrac ! faudrait pas oublier d’y aller bientôt, en tout cas avant le 15 août, si on veut récolter le thé (calament), goûter les myrtilles et les framboises avant que les parisiens n’aient tout embarqué… Aïe ! aïe ! aïe !... J’ai compris. Les paysages ça va, on peut en parler, mais inutile de donner des idées de cueillette à ceux qui, hors saison, ne fréquentent que le rayon surgelé du supermarché de la ville… Bon, passons donc aussi sans s’arrêter ni disserter sur les coins à champignons, sur ceux où « barouillent » quelques bêtes à corne. Et finissons donc la boucle, en rouspétant contre cette censure locale.
Frustrée, je le suis. Mais tout d’un coup, je vois venir la revanche : devant nous, un abri de berger ! Non, pas une caselle, mais trois murs assez hauts et larges, assemblés de pierres sèches, comme trois rayons d’un même cercle. Et on m’explique que cette forme permettait au pâtre de se protéger du vent de quelque côté qu’il vienne, tout en gardant un œil sur son troupeau. C’est tellement beau, que ça, je ne le garderai pas pour moi ! Latitude et longitude sur demande.
Livres conseillés : ceux de randonneurs-écrivains hors pair R.L. Stevenson : Voyage avec un âne à travers les Cévennes Jacqueline de Romilly : Sur les chemins de Sainte Victoire

dimanche 2 août 2009

Un pays, une terre, un homme et un vin

Ingrid, notre amie de Pennsylvanie, voulait profiter de son séjour en France pour visiter un domaine viticole. Rendez-vous fut pris avec Xavier Gombert, viticulteur (ou vigneron ?) du Château de Saliès, dans la commune de Quarante (Hérault). Pas très facile à trouver, le domaine, même pour Tom-Tom, mon copain de la rue du e-commerce… Nous y voici. Saliès est un château du 19° siècle dont on apprend qu’il fut construit par (pour) un Viennet, d’une famille très connue en biterrois. Belle bâtisse avec une véranda développée des deux côtés du perron, presque une orangerie, et deux ailes à l’équerre. Xavier nous fait remarquer l’enduit «en nid d’abeille» qui recouvre les façades de ces ailes et explique qu’il s’agissait d’un signe de reconnaissance entre partisans du second Empire. Pas de quoi aller en prison pour ses idées, mais les afficher tout de même pour les initiés !... La grande allée bordée de pins parasols, et aussi de vieux amandiers, nous conduit vers les vignes. À cette époque, explique le guide, la vigne est en fleur… Je dois avouer que je n’ai jamais vu les fleurs d’une vigne, ni senti l’odeur… rien de commun avec les roses du jardin, il me semble. Mais pourtant elle fleurit et elle sent, puisqu’on vous le dit. OK. OK. C’est comme vous voulez. Sur cette terre de couleur claire, argilo-calcaire dit le maître, les raisins sont là, promesses d’une belle récolte. «Si le temps le mène bien», ajoutait mon oncle. Et de nos jours, même si le temps est propice, pas de grêle, pas de sècheresse, etc., il faut aussi malheureusement préciser que l’abondance et/ou la qualité de la récolte ne sont plus des gages d’un revenu assuré. C’est de la plate-forme suspendue tout en haut de la bâtisse (du souffle et du mollet, courage, courage !) que Xavier nous dévoilera l’étendue de sa propriété. Splendide.
Dans son chai sombre et frais, comme il se doit, nous serons invités à une dégustation verticale, soit plusieurs années d’un même vin. Certains du groupe trouvent dommage de cracher le breuvage. Mais déguster n’est pas boire dit le maître ! Une cave plus fraîche que les autres abrite les fûts de chêne destinés au vieillissement des cuvées particulières. Xavier indique que cette cave est, en fait, l’ancienne citerne du château. Frais dedans, on l’a déjà dit ! Ingrid explique qu’elle ne pourra pas emporter, ni en soute, ni en cabine, la moindre bouteille Xavier lui offre un lot de consolation : un panel d’étiquettes des vins de Saliès. Cela n’avait pas l’air de la consoler. Lors de l’apéritif offert dans le parc, nous avions apprécié le vin blanc, servi très frais, spécialité de Saliès nous a-t-on dit, du Chardonnay. Va pour deux cartons de Chardonnay qui nous rappelleront cette visite. Ce vigneron, je le connaissais déjà, depuis les années 80 où il avait souhaité s’installer en Aveyron. Qu’il s’intéresse à l’élevage des Aubrac ou à celui de son vin, Xavier est resté le même, compétent, d’une nature authentique, n’hésitant pas à s’investir dans un discours pas très«professionnellement correct». Nous avons aimé son vin et aussi le vigneron. Merci Xavier.
Dans le périmètre géographique de la commune, pour conclure en beauté la journée, allez donc visiter Sainte Marie de Quarante, sa belle façade romane ornée de bandes lombardes, dont l’intérieur abrite un buste-reliquaire en argent de Saint Jean Baptiste au visage à la fois apaisé et grave.
Bibliographie conseillée: (pour le fun!)
Yves Garric : La Palme du Vin

samedi 1 août 2009

Le Moulin du Rédounel

(… La Couvertoirade, presque la frontière entre Hérault et Aveyron !)
« Ce sont les lapins qui ont été étonnés !... Depuis si longtemps qu’ils voyaient la porte fermée, les murs et la plate-forme du moulin envahis par les herbes, ils avaient fini par croire que la race des meuniers était éteinte … » .
Pas tout à fait.
Ce 30 juillet 2009, les « Amis de La Couvertoirade » étaient en fête… Et pour cause ! Une belle page d’histoire locale s’écrivait en direct. Il était une fois un vieux moulin… vieux et mutilé : plus d’ailes, une base de pierres tronquée à la n’importe comment, pas arasée, non, déchiquetée, ouverte aux quatre vents – c’est le cas de le dire. Depuis des lustres, il ne ponctuait plus l’horizon de ce coin de Larzac : il se laissait à peine deviner. Il dominait encore le paysage du causse, mais sans attirer le regard ; il faut préciser _à sa décharge_ que le beau village de La Couvertoirade captait tous les regards et toutes les attentions.
Qui pouvait remarquer ce débris du petit patrimoine rural, fort délabré, surplombant l’enceinte fortifiée du monument-phare du Larzac Templier et Hospitalier ? Et surtout, qui pouvait être assez fou pour s’engager dans cette véritable épreuve d’endurance : la restauration d’un moulin abandonné ?...

Jeudi, sur le causse tout roussi de soleil et de sècheresse, fouettés par un fort joli vent de circonstance, les invités ont reçu à la volée les chiffres lancés par les uns et les autres. Le montage financier, avec son corollaire -politiquement obligatoire- des aides publiques, le montage juridique (bail emphytéotique par la commune), l’assistance de l’Association des Amis des Moulins, des Bâtiments de France, des bénévoles de Montaigut etc. etc. …
Qu’il fut fécond, le ministère de la parole. Ministère de la salive, précisait  le retraité à mes côtés !
Mais, qui pourra dire et quantifier la dose d’inconscience qui fut nécessaire aux Amis de La Couvertoirade pour se lancer dans l’aventure ? …

Aventure, ce fut justement le terme employé par Bernard, l’artisan qui a « coiffé » le moulin.
Le savoir-faire ? Il était quasiment perdu. On nous expliqua d’ailleurs que Le Rédounel est le seul moulin à vent restauré en Aveyron, et que dans les départements limitrophes les exemplaires se comptent avec les doigts d’une seule main.
Revenons à Bernard.
Mille cinq cents heures de travail (et peut-être quelques nuits blanches ?) pour la toiture, la charpente et les ailes. L’artisan a forgé lui-même toutes les pièces métalliques, les clous, et les écrous. Pour ces derniers, notre artiste s’est plu à les mettre en forme de fleurs !… son côté «conquérant de l’inutile», mais qu’est-ce que c’est beau ! Le cabestan fait dans un tronc de chêne repose, de chaque côté, dans un support en forme de berceau également sculpté, la charpente est en vieux chêne bien sur. Passons à l’extérieur, sur la coiffe elle-même, les bardeaux sont en acacia. Combien déjà de petites tuiles ? ... Cette coiffe est mobile et tourne sur elle-même grâce à des sortes de roulements à bille en bronze, conçus et fabriqués par notre sévéragais. Et les ailes, les avez-vous vues ? Impressionnantes, ces ailes, par leur taille, par leur forme _comme des nœuds pap’s gigantesques et étirés– elles ne portent pas encore leur toile, l’écartement en est assuré par de gros filins (qui a dit les mêmes qu’au viaduc de Millau ? ...), les côtés sont en acajou, pour éviter le pourrissement, ici l’on ne verra pas « vignes sauvages, mousses, romarins, et autres verdures parasites qui [lui] grimpent jusqu’au bout des ailes ». Le dessous de la coiffe est en tilleul : ceci pour éviter l’intrusion des rongeurs et autres indésirables. Donc, dans ce moulin, il n’y aura pas de « locataire du premier » pas de «vieux hibou sinistre » comme à Fontvieille !
  Mon compte-rendu serait impubliable dans n‘importe quelle feuille de choux : « Trop long ! Hors sujet ! » dirait le patron.
Au fait, quel était le sujet ?
Témoigner de la restauration d’un moulin. Mais aussi et surtout : donner envie à ceux qui me liront de visiter La Couvertoirade, un des plus beaux villages de France ; donner un coup de chapeau à un artisan qui le mérite, qui travaille admirablement bien et préfère l’aventure du sur-mesure à la fabrication en série (mais chut ! faut pas trop le dire) et puis aussi donner l’envie de redécouvrir l’œuvre de Daudet et, ne l’oublions pas, de Paul Arène. Et puisque nous sommes en littérature, je conclurai en citant Gaston Bonheur, le régional de l’étape, qui se plaisait à dire : « J’aimerais que sur chaque colline tourne un moulin à vent … ».
Mes chers amis, amis de La Couvertoirade, amis de Sévérac-le-Château, c’est tout le bonheur (n’est-ce pas, hors éoliennes…) que je vous souhaite.

Conseils bibliographiques : Lettres de mon moulin, Alphonse Daudet et Paul Arène - Petite encyclopédie des vents de France, Honorin Victoire